Lukas Koré, très remonté contre le CNO.

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À la tête de la Fédération Ivoirienne de Rugby depuis près d’un an, Lukas Koré dresse un bilan sans détour  de son action et des difficultés rencontrées. Entre relance des compétitions, manque de moyens financiers et bras de fer ouvert avec le Comité national olympique Côte d’Ivoire  (  CNO-CIV) sur des questions de gouvernance et de financement, le président de la FIR assume ses positions et soutient, en filigrane, une recomposition à la tête du mouvement olympique ivoirien.

 

Après presqu’un an à la tête de la Fédération Ivoirienne de Rugby (FIR), avez-vous le sentiment que le rugby ivoirien se porte mieux ?

 

Avant notre avènement, nous avions un constat d’inactivité. Nous sommes aujourd’hui mal placés pour déterminer le curseur de là où nous plaçons le rugby actuellement ou non. Mais ce qui est clair, c’est que depuis notre prise de fonction, nous avons fait beaucoup rebouger les choses au niveau sportif, au niveau structurel, ainsi qu’au niveau de la recherche de partenariats. Nous sommes plutôt tous azimuts en train de créer des connexions et des synergies pour pouvoir développer ce sport. Nous pensons que nous sommes sur le bon chemin. Nous ne dirons pas que nous avons franchi le nirvana. Mais nous sommes, petit à petit, en train de mettre les choses en place pour parvenir à nos objectifs.

 

Pourquoi, même en étant sur le bon chemin, le championnat national continue-t-il de se jouer sur un terrain dénudé à l’INJS ?

 

Il est clair que l’année dernière, nous avons commencé le championnat assez tardivement. Nous sommes en contact avec le directeur de l’ONS, monsieur Gbané, qui nous a toujours accompagnés. Il est clair que la saison dernière, nous ne nous y sommes pas pris très tôt, donc nous n’avons pas pu obtenir de terrains à cause du trop-plein de football pratiqué sur ces stades. Il faut le dire clairement que 90 ou 95 % des équipes du championnat ivoirien, toutes catégories confondues, pratiquent le football dans la zone d’Abidjan. Or, les stades de football sont les seuls stades sur lesquels nous pouvons pratiquer le rugby. Naturellement, le football étant le sport majeur et donc favorisé, nous n’avons pas pu en bénéficier.  Mais à la suite de la rencontre que nous avons eue avec le DG de l’ONS, il est prêt à faire tous les efforts nécessaires pour nous mettre en place des créneaux pour nos matchs et aussi pour les entraînements des équipes nationales.

 

À quand le début de la saison et le redémarrage des activités fédérales ?

 

Les activités ont déjà démarré. Il faut savoir que l’organisation d’un championnat n’est pas le début des activités sportives. Les activités se situent beaucoup en amont et nous avons aujourd’hui des équipes qui s’entraînent depuis un mois, un mois et demi. Le championnat va démarrer dans la première semaine de mars ;  le 7 mars. Et nous avons déjà des équipes nationales qui s’entraînent. Nous avons eu quasiment un mois d’inactivité, mais après cela, tout a repris.

 

Aujourd’hui, quels sont vos rapports avec les présidents de clubs de rugby, notamment ceux qui, depuis un certain temps, vous titillent ?

 

Vous savez, nous avons de bons rapports avec tout le monde. Comme nous le disons souvent, nous pouvons avoir une diversité d’opinions et prendre un café ensemble. Après, nous ne rencontrons pas tous les présidents de clubs en permanence, mais chaque fois que l’occasion nous est donnée de rencontrer les uns et les autres, nous échangeons. Nous avons tout de même près des deux tiers des clubs dont les présidents sont actifs au sein de la Fédération. Donc, nous nous rencontrons régulièrement. Comme nous le disons encore, nous ne forçons la main à personne. Il y a des présidents de clubs que nous souhaitons voir venir avec nous, afin que nous puissions faire des choses ensemble. Comme nous l’avons dit, la période électorale est passée. Nous devons nous servir du rugby. Le rugby doit prendre le dessus, plutôt que de rentrer dans d’autres considérations.  Malheureusement, cela, nous ne pouvons rien y faire. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas. Nous avons beau faire, s’il y a des personnes qui n’apprécient pas nos méthodes de travail, nous continuerons à fournir des efforts pour les convaincre, mais nous ne pourrons pas faire plus.

 

Vous ne pouvez pas tous les convaincre, mais ces présidents de clubs sont très actifs. Ils dénoncent votre gestion à travers des courriers au ministère des Sports, au CNO-CIV et même à la justice ivoirienne. Une récente plainte a été déposée contre vous auprès du Procureur pour une affaire présumée de détournement de fonds de la Fédération à hauteur de 11 millions de FCFA. Avez-vous entendu parler de toutes ces plaintes déposées contre votre personne ?

 

Nous en avons entendu parler et nous l’avons également lu dans les médias. Notre avocat est en train de faire le nécessaire. Il y a de fortes chances que nous portions plainte pour diffamation. Parce qu’à un moment donné, il faut arrêter. Pour ces questions pour lesquelles ils prétendent porter plainte, ils avaient déjà fait une démarche devant le CNO. Le CNO a été mandaté par le ministère afin qu’il y ait une conciliation. Nous avons tenu plusieurs réunions au CNO, y compris dans nos bureaux, et nous avons eu un accord. Nous avons reçu un courrier du CNO nous indiquant que la crise est terminée. Nous ne comprenons pas que la même affaire, réglée par une instance mandatée par le ministère, soit reprise pour porter plainte. Porter plainte pour quoi ? Nous ne savons pas. En tant que président, nous sommes mandataires pour diriger la Fédération et agir en son nom, que ce soit financièrement, techniquement ou stratégiquement. Nous n’avons pas à appeler les clubs pour leur demander si,  ( lorsqu’un acte fédéral est posé, par exemple l’achat d’un véhicule pour la Fédération parce que nous n’en avons pas et que nous nous déplaçons constamment)  l’opération doit se faire ou non. Lorsque ce type d’opération se passe mal, on ne vient pas nous accuser de détournement. Nous avons vu les documents dans lesquels il est mentionné que nous aurions détourné 11 millions de FCFA. Nous allons porter plainte. Nous pensons qu’à un moment donné, cela doit cesser.

 

La saison dernière, rien n’a marché au niveau des sélections nationales de rugby…

 

C’est un problème d’organisation financière. Comme nous ne cessons de le répéter, le rugby est un sport de masse qui réclame énormément d’argent. Quand nous avons une grande compétition, cela se prépare et cela se finance. Nous n’avons pas eu les moyens financiers nécessaires pour couvrir toutes nos campagnes, que ce soit pour le RAC à San Pedro, pour le R15 en Ouganda ou pour le R7 à l’Île Maurice. Nous n’avons eu aucun moyen financier.

 

Le ministère n’a-t-il rien financé ?

 

Le ministère est notre principal pourvoyeur financier. Aucune fédération n’a la capacité financière de tenir sur ses propres ressources, a fortiori nous, qui avons une délégation de 30 à 35 personnes à chaque compétition. Quand nous parlons de 30 à 35 personnes, il s’agit des entraînements, des primes, du transport, des repas, des soins et ainsi de suite. C’est financièrement très lourd. Malheureusement, le rugby avait disparu des radars. Nous courons après les sponsors. Pour l’instant, ils ne répondent pas. Ils attendent de voir que la mayonnaise prenne. Donc voilà, nous n’étions pas assez préparés. Nous nous donnons encore trois ans comme objectif pour réellement renaître de nos cendres et disposer d’une équipe nationale performante.

 

Que se passe-t-il réellement entre vous, président de la FIR, et le CNO-CIV ?

 

Je le dis clairement : je ne parle pas de l’institution. Je parle des individus qui la gèrent. Ils sont partiaux dans leur démarche vis-à-vis des fédérations. Ils le font comprendre et le font voir. Ils veulent avoir en face d’eux des présidents « couchés ». Sinon, comment peut-on comprendre que, sur près de 27 ou 28 fédérations olympiques, plus d’une quinzaine soient frappées par des crises ? Et quand on regarde ces fédérations en crise, ce sont des présidents qui, à un moment donné, ont tenu tête au CNO-CIV pour diverses raisons.

 

Parlant de l’Académie Max Brito. Quand nous sommes arrivés, nous avons trouvé un projet appelé « Académie Max Brito ». Nous sommes même allés au CNO et avons signé une convention avec Jean-Luc Konan, alors président de l’Académie Max Brito. Après, le CNO nous rappelle pour nous dire que le projet est terminé, qu’ils n’ont pas pu le réaliser et qu’il faut retourner les fonds et présenter un nouveau projet. À son temps, l’ex-DTN Soumahoro Bakary, avec une équipe, a préparé un projet que nous avons déposé au CNO et à World Rugby, par l’intermédiaire de Coralie, directrice exécutive de Rugby Afrique, qui a fait la demande auprès de la Solidarité olympique afin de financer la préparation de nos joueurs pour les Jeux olympiques de la jeunesse au Sénégal, en octobre 2026. Depuis mars 2025, le CNO a reçu les fonds. La Fédération a été informée quasiment deux mois plus tard par la directrice exécutive du CNO, qui nous a reçus, entendus et a indiqué qu’aucun obstacle ne s’opposait au versement des fonds.  Au départ, on nous avait dit que les fonds seraient donnés par séquence, mais la directrice exécutive nous a dit « Non, vos fonds, vous les récupérez entièrement. À vous de nous donner les justificatifs à chaque activité et un bilan global. »  Nous avions  fixé une date pour le lancement officiel du projet, à laquelle les fonds devaient être remis. Le nouveau DTN avait tout préparé.  Comme par hasard, 48 heures avant le lancement officiel, nous sommes convoqués par le président du CNO, qui nous dit qu’ils ont reçu un courrier du ministère des Sports leur demandant de régler une crise. On leur explique que c’est une question de gouvernance. Le président du CNO nous dit : « Bon, on va voir ça. » Nous répondons : « OK. » Je lui dis : « Président, nous courons après nos fonds, nous devons commencer. » Il répond : « Non, nous ne pouvons pas vous donner les fonds. » Pourquoi ? Parce qu’il y a une crise. Je lui dis : Nous avons des jeunes qui doivent se préparer pour une compétition majeure. Et vous nous parlez de crise ?  Il répond que la balle est dans notre camp et que plus vite nous réglerons cette affaire, plus rapidement nous recevrons les fonds. Nous avons fait trois ou quatre réunions et avons fini par régler les sept points par les accords obtenus. Le jour de la signature, un des quidams déclare que l’accord ne mentionne pas la levée des sanctions de Tano Elvis, ancien président de la FIR. Le président du CNO nous a demandé de lever cette sanction. J’ai rétorqué que ce n’était pas à l’ordre du jour et que cela serait réglé au moment opportun. C’est beaucoup plus politique. Le président du CNO m’a demandé de convoquer Tano. J’ai fait un courrier et je le lui ai envoyé. Il me répond que ce n’est pas exactement ce qu’il a demandé : « Tu invites Tano, il vient, tu lui dis que tu lèves ses sanctions et ensuite tu fais un courrier pour lui confirmer la levée de la sanction, et c’est tout. » Un mois après, il m’envoie un courrier indiquant que tout est réglé, sauf la levée de la sanction de Tano. Il me faut lever cette sanction . Moi, quand on me tord le bras pour faire cela, je refuse. Maintenant, est-ce qu’en tant qu’institution liée au CNO, nous n’avons pas le droit de critiquer ses méthodes ? Nous les critiquerons tous les jours. Ils ont un problème de gouvernance et un problème de responsabilité vis-à-vis des fédérations. Le CNO peut aujourd’hui avoir une activité concernant les fédérations olympiques, convoquer celles qu’il juge acquises et ne pas convoquer le reste. Voilà le problème que nous avons avec le CNO. Le dénoncer, est-ce se mettre un couteau sous la gorge et recevoir des menaces ? Moi, je peux recevoir des menaces autant qu’ils veulent, cela ne me pose aucun problème. Le CNO me doit de l’argent et il doit me rembourser.

 

 Avez-vous un moyen de recours pour espérer recevoir les fonds ?

 

J’ai été clair dans mon courrier : si je n’ai pas de retour de leur part, j’écrirai à l’instance olympique internationale, le CIO. Je ne l’ai pas encore fait parce que nous procédons étape par étape. J’ose espérer qu’à un moment donné, ils descendront de leur piédestal. Ce qui fatigue, c’est cette suffisance : ils croient que les autres sont couchés alors qu’eux restent debout. Quand je constate que les personnes censées régler un prétendu litige entre nous et certains membres de la Fédération s’en servent comme moyen de rétorsion contre moi, je dis non. Je refuse et je tape du poing sur la table.

 

Au-delà de taper du poing sur la table, ne pensez-vous pas que vos rapports avec Dabonné Seydou, président de Côte d’Ivoire Judo, et d’autres présidents sont des facteurs qui vous mettent dans cette posture par rapport au CNO ?

 

Je vous le dis clairement : je suis tellement content de connaître monsieur Dabonné, je suis fier de ce garçon. Je suis également satisfait de l’équipe avec laquelle nous travaillons aujourd’hui : 18 fédérations qui planchent pour reprendre le CNO tel qu’il est dans sa composante actuelle, afin de redynamiser le sport, redonner confiance aux fédérations sportives et les accompagner davantage. Comme je le lui dis souvent, cela fait un an que je fréquente le CNO et, à aucun moment, je n’ai parlé sport avec le CNO, à part avec une dame formidable, madame Fofana, avec qui nous discutons vraiment de sport. Le président du CNO ne nous a jamais convoqués pour nous demander comment cela se passe au niveau sportif : est-ce que les choses vont bien ? Comment préparez-vous vos jeunes ? Combien d’athlètes vont participer aux JOJ ? Certaines fédérations, comme la nôtre, ont été mises à l’écart et nos résultats peuvent être médiocres pour que le CNO soit satisfait. Mais à un moment donné, il faut que cela cesse. Dabonné ne m’a pas convaincu pour telle ou telle raison. Je lui ai demandé : « Vous voulez prendre le CNO, quel est votre projet ? » Je veux remettre le CNO au centre. Je veux que les fédérations s’approprient la gouvernance au CNO. Je veux que les crises soient limitées et que, si crise il y a, nous disposions d’une autre méthodologie de règlement afin que les fédérations ne soient plus dans une position d’imploration.

 

Êtes-vous en train de nous dire que Dabonné Seydou est un potentiel candidat ?

 

Nous sommes 18 potentiels candidats. Au moment opportun, une conférence sera organisée et vous serez réellement informés. Mais je pense que monsieur Dabonné est en très bonne position.

 

Réalisée par Ange Kouadio

 

 




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